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Adélaïde Renault, une céramiste inspirée par la Corée et le Buncheong

De Duperré aux ateliers d’Icheon, en passant par les Beaux-Arts de Marseille et de Limoges, Adélaïde Renault construit une pratique où le décor, la recherche et la transmission occupent une place centrale. Dans cette interview, elle revient sur son parcours, son apprentissage auprès de maîtres coréens et sa manière d’aborder la céramique comme un terrain d’exploration permanent.

Quand on écoute Adélaïde Renault raconter son parcours, on comprend rapidement que la céramique n’a jamais été, pour elle, une simple question de technique. Bien sûr, il est question de tournage, d’engobes, de Buncheong ou encore de Mishima. Mais derrière chacun de ces mots se cache surtout une immense curiosité. Celle qui pousse à vouloir comprendre un matériau dans son ensemble, depuis l’argile jusqu’au four, puis à travers les gestes de celles et ceux qui le travaillent depuis des générations.

Son parcours l’a menée des ateliers de Duperré jusqu’à la Corée du Sud, où elle continue encore aujourd’hui d’apprendre auprès de maîtres céramistes. Une démarche qui nourrit profondément son travail et qui donne à ses pièces cette richesse de lecture où plusieurs techniques semblent dialoguer entre elles.

Les premiers pas d’Adélaïde Renault en céramique : une passion née autour du feu

Lorsqu’on lui demande son premier souvenir lié à la terre, Adélaïde Renault évoque d’abord un bol signé en 2008, retrouvé chez sa mère. Pourtant, elle reconnaît n’en garder aucun souvenir. Dans sa mémoire, l’histoire commence bien plus tard.

À cette époque, elle découvre le travail du céramiste suisse Pierre-Alain Capt, connu pour ses recherches en archéologie expérimentale. En observant sa manière de reconstruire les techniques anciennes, elle comprend qu’il est possible de fabriquer un objet de A à Z : récolter l’argile, construire un four, cuire ses pièces et comprendre chaque étape du processus.

« À la base, ce que je voulais faire, c’était construire des fours », explique-t-elle.

Ses premières expérimentations consistent donc moins à fabriquer des pots qu’à comprendre le feu. Elle creuse de l’argile dans les champs, construit des fours rudimentaires et réalise ses premières cuissons. La première se termine presque entièrement en éclats, mais cette expérience marque le véritable début de son parcours de céramiste.

Adélaïde Renault

Une formation entre Duperré, les Beaux-Arts et la recherche artistique

Le parcours d’Adélaïde Renault passe ensuite par le DMA Céramique de l’École Duperré, dont elle fait partie de la dernière promotion avant la réforme du diplôme.

Elle y découvre plusieurs façons d’aborder la céramique grâce à des enseignantes aux pratiques très différentes. Certaines lui transmettent les techniques de moulage, de plâtre et de production, d’autres l’initient à la recherche autour des matériaux, des émaux ou de la création contemporaine.

Cette diversité constitue encore aujourd’hui le socle de sa pratique. Elle poursuit ensuite sa formation aux Beaux-Arts de Marseille puis de Limoges, où l’accent est davantage mis sur le développement d’une démarche artistique personnelle.

« Aujourd’hui, quand j’ai une idée, je peux la réaliser grâce à l’enseignement que j’ai reçu à Duperré. »

Pourquoi la Corée a profondément marqué le travail d’Adélaïde Renault

L’un des moments décisifs de son parcours survient en 2019. Des maîtres céramistes venus d’Icheon, haut lieu de la céramique coréenne, viennent travailler quelques jours dans les ateliers de Duperré avant une démonstration au Carrousel du Louvre.

Cette rencontre agit comme un déclic. Quelques années plus tard, après la période du Covid, Adélaïde Renault part finalement plusieurs mois en Corée du Sud afin d’apprendre auprès de deux maîtres spécialisés dans le Buncheong et le céladon.

Au-delà de l’apprentissage technique, cette immersion transforme également son regard sur la céramique. Elle découvre une culture où les objets du quotidien sont naturellement considérés comme des œuvres et où la frontière entre artisanat et création contemporaine est beaucoup moins marquée qu’en France.

Buncheong, Mishima et décors à l’engobe : les techniques qu’elle explore aujourd’hui

Le décor occupe aujourd’hui une place centrale dans le travail d’Adélaïde Renault. Son vocabulaire plastique s’appuie largement sur les traditions coréennes, notamment le Buncheong, qui joue sur les contrastes entre une terre sombre et un engobe blanc, ainsi que sur les décors incrustés souvent appelés Mishima.

Mais plutôt que de reproduire ces techniques à l’identique, elle cherche à les faire dialoguer.

Décor incrusté, pochoirs, réserves, sgraffito, recherches d’émaux… plusieurs couches se superposent jusqu’à créer une lecture plus complexe de la pièce. Certaines apparaissent immédiatement, d’autres ne se révèlent qu’en prenant le temps d’observer.

Cette recherche autour des différentes strates de décor est aujourd’hui au cœur de son travail de céramiste.

Adélaide Renault

Le tournage, les grandes formes et le choix du tour à pied

Si Adélaïde Renault réalise la majorité de ses pièces au tour, elle ne recherche pas la performance technique. Pour ses grandes formes, elle préfère tourner une base avant de poursuivre la construction avec de larges bandes de terre. Une manière de préserver son corps tout en développant des volumes importants.

Depuis plusieurs mois, elle travaille également sur un tour à pied, installé dans son atelier partagé parisien. Un retour aux gestes de ses débuts qui nourrit aujourd’hui encore sa pratique quotidienne.

L’atelier ARC : un atelier partagé au service de la création

Installée au sein de l’atelier ARC, au Pré-Saint-Gervais, Adélaïde Renault partage son quotidien avec une dizaine d’autres céramistes.

Le fonctionnement est entièrement pensé autour de la création : les fours, les espaces de travail et les équipements sont mutualisés, tandis que chacun développe sa propre pratique.

Pour elle, cette vie collective est une véritable richesse. Les discussions autour des pièces, des techniques, de l’économie du métier ou simplement des doutes permettent à chacun de continuer à progresser.

Cette intelligence collective fait aujourd’hui partie intégrante de son travail.

Une céramiste qui continue d’apprendre

Ce qui frappe peut-être le plus au fil de cette interview, c’est que, malgré un parcours déjà particulièrement riche, Adélaïde Renault ne considère jamais sa formation comme terminée.

Elle continue de reproduire des pièces coréennes médiévales, les photographie puis les envoie à ses anciens maîtres afin d’obtenir leurs retours. Elle enseigne également le tournage et les techniques de décor inspirées de la Corée, tout en poursuivant ses propres recherches.

Son souhait, pour les années à venir, est d’ailleurs révélateur de cette manière d’envisager la transmission : faire venir en France les maîtres coréens auprès desquels elle s’est formée afin qu’ils puissent, à leur tour, transmettre leur savoir-faire aux céramistes français.

À l’image de son parcours, cette envie résume parfaitement sa vision de la céramique : un dialogue permanent entre apprentissage, création et transmission.

Voir l’interview d’Adélaïde Renault

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Sarah
Passionnée du tournage de poterie, je me suis donné un objectif : vivre de ma passion! Ce blog a pour but de partager avec vous mes recherches, mes réalisations, mes échecs et mes réussites. Bienvenue!
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